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Propos Artistique.

LA MUSIQUE…

Lors de nos premières Rencontres de l'Abbaye du Vignogoul, nous avons proposé, selon la vocation de l'Ensemble langues d'O.C-Baricades mistérieuses, de la musique sur instruments anciens, avec le répertoire qui y est accroché, c'est-à-dire le répertoire de la musique dite « baroque ».

Nous allons nous permettre d'ouvrir une parenthèse historique qui nous permettra d'exprimer quelques-unes de nos idées.

La querelle Harnoncourt, comme chacun le sait, s'est enflammée à la suite de l'interprétation de La Passion selon Saint Mathieu de Bach sur des instruments anciens. Elle a aboutit à ce que l'on appelle le « renouveau baroque » qui à a été une véritable déconstruction. Très brièvement, avant ce renouveau, il existait une manière habituelle d'interpréter les œuvres de la « période baroque », avec des orchestres symphoniques de taille importante, donc avec une sonorité importante et avec des instruments modernes à sonorité homogène, favorisant un jeu linéaire et des tempi modérés. Il y avait toutes sortes d'interprétations : romantiques, wagnériennes…

Puis, Harnoncourt donne ses premières interprétations sur instruments d'époque à sonorité moindre et contrastée, où l'on réfrène le legato et où l'on préfère des tempi plus rapides.

Nous pouvons aisément comprendre que l'auditoire ait été choqué : l'audition à laquelle il assistait était inouïe. C'était une œuvre nouvelle.

Pour nous souvenir de la petite histoire, les passions se sont déchaînées pendant trois décennies. Depuis 20 ans la manière de jouer s'est stabilisée et nous nous retrouvons aujourd'hui dans une tradition auditive, sous le couvert d'un intérêt historique, avec souvent, derrière ce dernier, la fétichisation des techniques de jeu baroque.

Pourtant, lorsque l'on évoque le travail du Concertus Musicus de Vienne, ce petit orchestre, dirigé par Harnoncourt, fonctionnait comme un laboratoire expérimental : expérimentation de nouvelles sonorités, réinvention des toutes les techniques de jeu, maniement des instruments dans tous les sens. Là nous arrivons à ce qui nous intéresse et au pourquoi de ce long parallèle. Il est pour nous certain, la lecture des productions écrites lors des querelles semble le confirmer, que ce qui intéressait Harnoncourt et ce qui nous intéresse au demeurant, c'est la dimension inédite, inouïe de la musique. La fonction de celle-ci ne se résumerait donc pas de manière essentielle à être un divertissement attendu, à être seulement agréable aux sens dans une idée d'habitude, mais à déranger le sujet de l'écoute, à le remettre en cause. Réécouter la musique toujours de la même manière est à la fois une jouissance mais aussi un écueil qui provoque un véritable phénomène de surdité. (Identique au phénomène d'aveuglement devant le tableau que l'on a posé sur le mur et que l'on ne voit plus.)

Ainsi, la musique perd-elle sa véritable dimension spirituelle si l'on préfère la sécurité, la tranquillité, la réitération du même, aux joies plus belles, aux joies plus folles, aux joies de la nouveauté, aux joies que procure la connaissance. C'est de cette connaissance qu'il va s'agir…

….VERS UNE SCENOGRAPHIE…

La première idée qui incite à aller vers une scénographie, naît du constat de l'impact du génie des lieux sur la perception de la musique qui vient s'y accrocher.

L'Abbaye de Vignogoul, que nous avons investie, est une extraordinaire architecture d'espace et de son. Lorsque l'on se déplace, il y a des foyers, des piéges, des aventures. Il y a un principe naturel de multidifusion dans ces lieux qui peut être exploité comme dramaturgie.

Ce génie des lieux évoqué plus haut est souvent révélé par des signes ténus de l'espace qui font basculer la pénétration de la musique en chacun d'entre nous. Lorsque les conjonctions ne sont pas favorables ou mal exploitées, un « mauvais » positionnement des musiciens dans l'espace ou une « mauvaise » lumière par exemple, la musique change de direction.

La musique est sensible à l'espace, et inversement. Ainsi vient naturellement l'idée de spatialiser, de scénographier, de créer l'interaction les matières musicales et spatiales pour qu'elles agissent l'une sur l'autre afin de se déconstruire chacune pour se reconstruire ensemble. Entendre autrement tel a été le trajet d'Harnoncourt en quelques sortes ici à rebours. Pour connaître, il faut dé-connaître.

Nous allons donc travailler sur l'espace, le mouvement, même sur la danse, celle que l'on attend le moins, pour créer un rapport nouveau aussi mystérieux que productif…

Françoise Di-Tucci et Alain Cahagne.

…DEUX PIECES.

Psaume 50 de Louis-Nicolas Clérambault : une mise en tableau.

Louis-Nicolas Clérambault donne aux versets des psaumes une richesse musicale digne de leur portée poétique. Dissonances et chromatismes ardents et narrations solistes d'une virtuosité éblouissante créent l'émotion dans une succession de tableaux distincts.

Les couleurs des voix, de l'orgue et du clavecin s'enlacent dans une harmonie subtile et rendent vivant la conception des « goûts réunis » chère à Clérambault, où s'assemblent le brio italien et le raffinement français. Par petites touches pointillistes se dessine alors la condition humaine entre « Grandeur » et « Misère », dont un motet comme le Miserere se fait porte-parole bien au-delà du Siècle des lumières.

…POUR UN PUBLIC CAPTIF.

Préparer le public à recevoir la musique et laisser sa finesse et sa clarté se déployer au cœur d'un tableau brillant comme l'or, une façon subtile d' « orienter » l'espace.

Une manière de ravir les amateurs éclairés par la pertinence du propos, une manière aussi de prendre par la main une partie du public plus novice en indiquant une « direction » à son l'imaginaire.

Music for a While : Shakespeare et son époque.

Imaginé comme un concert dans un étrange château, de l'Angleterre des Tudors. Les musiciens entrent un à un aux sons de Music for a While de Purcell avec de nombreuses surprises sonores dans l'espace.

…POUR UN PUBLIC CAPTIF.

Pour la joie du public, apparitions et disparitions autour des étapes de la musique de Purcell, mise en scène avec procédés de « pyro-scénographique », éclairages aux flambeaux et bougies, clins d'œil à l'époque Shakespearienne.

 

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